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Les créa' et gourmandises de Dam'K-rO


Ma lecture du moment # 30

Publié par Caroline sur 15 Juin 2014, 10:32am

Catégories : #Ma lecture du moment...

Ma lecture du moment # 30

La cruauté du titre explose dès les premières pages, quand son futur simple, l'évidence rassurante de sa formulation, « Tu verras », se heurte de plein fouet à l'imparfait dont le narrateur est contraint presque immédiatement d'user. Clément ne verra pas. La transmission est brutalement interrompue. Le père a perdu son fils, victime d'un accident de métro. Clément, 12 ans à jamais, ne verra pas comment le latin aide plus tard « à mieux connaître les structures du français », ne mesurera pas l'importan­ce de ce que lui disait son père, à longueur de journées, « pour son bien ». Nicolas Fargues dit avec force la douleur de ce « bien » quand on ne peut plus « savourer ce mira­cle banal » de constater que son enfant est « en vie et en bonne santé ». A quoi riment a posteriori ces heures passées à lui répéter de remonter son jean tombé à mi-fesses, à fustiger la vulgarité au kilomètre de la musique qui remplit son iPod ?

Au-delà de l'émotion crue qu'il dégage, c'est dans le vif de questions fondamentales que tranche ce livre proprement éblouissant. Que transmet-on à ses enfants ? Comment vit-on avec eux ? Comment les aime-t-on ? Nicolas Fargues explore, à travers la souffrance du père qu'il met en scène, l'actualité de ces questions. Avec une justesse saignante. Et une totale liberté, sans tabous, ni souci du politiquement correct. Il observe, marque l'époque à la culotte et n'hésite jamais à dire ce qu'il voit, à donner les noms, à dénoncer les tics et les tactiques d'évitement d'une société contemporaine narcissique et immature. Tu verras met ainsi en mouvement le bal grinçant des familles éclatées et des enfants écartelés, celui des « ex » des uns et des autres, des demi-frères et des quarts de soeur, des parents à mi-temps et des jobs jusqu'à pas d'heure, la course folle à la jeunesse éternelle, les pères rivalisant avec leurs fils, les « copines », quinze ans plus jeu­nes, incapables d'assumer les enfants de leurs mecs, les grand-pères dissimulant leur âge, vieux jeunes hommes démodés, dans leurs jeans délavés. « C'est bizarre, l'amour parental », s'interroge le narrateur. « Aimer son enfant, est-ce aimer un autre que soi ou bien continuer de s'aimer soi-même, mais sans s'accabler de la mauvaise conscience d'être égoïste ? »

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